Interviews de salarié-es, confiné-es ou non #2

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Aujourd’hui, jeudi 26 mars, 10ème jour de confinement, des syndicalistes SUD de l’hôpital de Saint-Denis répondent à nos questions sur leurs conditions de travail, et sur le fonctionnement de l’hôpital en ces temps de pandémie.

Vous nous aviez déjà fait part de votre inquiétude avant même le confinement et les premières mesures. Qu’en est-il alors qu’on annonce le pic de l’épidémie ?

L’inquiétude ne fait que grandir. On voit depuis quelques jours arriver des patient·es nombreux et parfois relativement jeunes en réanimation. Obésité, diabète… sont des pathologies chroniques qui reviennent chez les patient·es hospitalisé·es, des maladies de pauvre, bien sûr, aggravantes. La situation sanitaire du département est structurellement difficile, avec cette épidémie, nos quartiers populaires risquent de prendre cher.

Du coup, quelle est la situation dans l’hôpital ?

L’un des problèmes est le manque de lits de la réanimation, on a transformé notre salle de réveil et notre unité de soin continu pédiatrique en réa bis. De même, nous réservons toujours plus de lits d’hospitalisation pour les patient·es atteint-es du COVID-19. Tout l’hôpital est en train de devenir COVID+.

Vous pouvez nous réexpliquer les différentes salles ? Réanimation, salle de réveil, à quoi servent-elles d’habitude et pourquoi l’organisation doit être modifiée ?

Certain·es patient·es graves nécessitent d’être intubé·es, d’avoir accès à de la ventilation artificielle… Cela implique des lits de réanimation. On a donc fortement réduit notre activité de chirurgie pour pouvoir transformer notre salle de réveil en réa bis. De même, pour les patient·es dans un état un peu moins grave, on a multiplié les lits Covid en isolement sur plusieurs unité : pneumologie, chirurgie, neurologie, gériatrie.

Dans quel état d’esprit sont les soignant·es ?

On fait le taf comme on peut, mais c’est super dur. On rentre dans quelque chose qui ressemble à de la médecine de guerre. On va former par exemple des infirmières en réanimation en quelques jours là où normalement ça passe par des semaines de doublon dans le service.

Tous les services passent pratiquement à des gardes de 12h au lieu des horaires normales pour tenter de combler le manque de personnels… Ce qui risque d’épuiser encore plus le personnel.

Le sentiment de colère prédomine aussi, le gouvernement actuel (comme ses prédécesseurs d’ailleurs) n’a rien entendu à la colère des hospitalier·es, rien n’a été fait pour rendre nos métiers plus attractifs et recruter massivement, rien n’a été fait pour ré-ouvrir des lits là ou ils ont été supprimés par dizaines de milliers sur tout le territoire. Pire, en rognant sur la réserve nationale de masques, nos gouvernants incompétents nous mettent en danger quotidiennement.

Certain·es parlent d’un scénario catastrophique à l’italienne avec un éventuel tri des patient·es ?

C’est une hypothèse hélas réaliste. Même avec tous les efforts possibles, la capacité de lits de réanimation en IDF sera toujours insuffisante. Des situations professionnelles très dures à supporter vont se poser, sur Saint-Denis une cellule psychologique pour les agent·es du Centre Hospitalier a été mise en place.

C’est pour ça que le confinement est important, au delà de la stigmatisation de la Seine-Saint-Denis ( il est plus facile de se confiner dans sa résidence secondaire sur l’île de Ré que dans un logement insalubre ou sur-occupé du 93), on ne comprend pas pourquoi certaines activités non essentielles au fonctionnement de notre société ( bâtiment, commerce en ligne…) demeurent des foyers potentiels et quotidiens de contamination.

Quelles sont les revendications actuelles sur l’hôpital qui permettrait de mettre le plus possible à l’abri les soignant·es ?

Surtout l’arrivée en nombre suffisant de matériel (masques, gels hydro-alcoolique…). Il faudra aussi renforcer les effectifs par tous les moyens ! On ne tiendra pas… il faut un signal fort des pouvoirs publics avec un effort financier conséquent et immédiat pour les hôpitaux. C’est le financement de tous les services publics qu’il faut revoir pour en finir définitivement avec des décennies d’austérité budgétaire.


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